EN UN MOT

  • Louis Émond

La petite et le vieux

Marie-Renée Lavoie a écrit une quinzaine de romans, une dizaine pour la jeunesse, les autres pour les adultes. Celui dont il est question ici, son premier titre paru en 2010, appartient à la seconde catégorie.


« La petite », c'est Hélène, une fillette vivant dans un quartier populaire de Québec où une large part du voisinage est constitué de patients désinstitutionnalisés d'un hôpital psychiatrique situé non loin.


Hélène suit, sur Canal Famille, les aventures de son émule Lady Oscar, une jeune femme déguisée en homme qui est capitaine de la garde royale de Marie-Antoinette. Rêvant d'exploits héroïques comme ceux de lady Oscar et croyant que ceux-ci sont l'apanage exclusif des hommes, Hélène rêve d'en être un et demande qu'on l'appelle Jo.


Dans Limoilou cependant, les occasions d'exploits héroïques à la lady Oscar sont assez rares. À part ceux liés au manque chronique d'argent. Qu'à cela ne tienne! Hélène-Jo va donc en gagner en sortant les poubelles des voisins, en passant les journaux à 6 h du matin et même en travaillant le soir comme serveuse dans un bingo, quitte à mentir sur son âge.


Et « le vieux », lui?


C'est Roger. Un nouveau voisin. Malcommode et mal engueulé. Effouéré en permanence sur son balcon où il trône dans un fauteuil délabré, il boit quantité de bières, dans l'attente impatiente d'une mort qui se laisse désirer. Entretemps, il rend de menus services ici et là, dont celui, à la demande de la mère d'Hélène, de veiller discrètement sur celle-ci, parce qu'à 6 h du matin, nul n'est à l'abri du malheur. Encore moins une fillette de huit ans...


Autour d'Hélène gravitent trois sœurs qui sont aussi différentes d'elle que les unes des autres, un père dont la tristesse est un gouffre noir et profond, et cette mère à la poigne de fer, qui conclue plusieurs de ses phrases d'un « C'é toute. » lapidaire.


Description riche et sensible des apprentissages qui ponctuent toute vie d'enfant, peu importe le milieu, La petite et le vieux est de ces romans où, à la lecture d'un passage, on rira à gorge déployée pour la sentir se resserrer au passage suivant.


Tout dans ce roman séduit : la narration, forte et imagée, les péripéties hautes en couleur, les réflexions et observations justes et poignantes d'Hélène - la narratrice devenue adulte - sur les êtres qui l'entourent, et sur les joies et frustrations de sa vie d'enfant. Ajoutez à cela des dialogues d'une drôlerie irrésistible ou d'une subtile tendresse, de même que le lent développement d'une relation entre deux êtres que tout oppose, et cela donne une oeuvre dont la lecture laisse un souvenir impérissable.


Peu de choses sont aussi touchantes que ces êtres plongés au cœur d'un quotidien gris et terne, un quotidien qui sent parfois les ordures, l'urine et la misère, mais dont se détachent ici et là, malgré tout, de grands moments d'intense bonheur.


La petite et le vieux, Marie-Renée Lavoie - Éd. XYZ, 2010, 237 pages (aussi disponible chez BQ et dans Folio)

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